Article complet de l’histoire de la famille Lebloys avec nombreux graphes généalogiques et copies de documents : Histoire générale de la famille Lebloys

 

Est-ce que les familles Lebloys (Le Bloys ou Leblois) sont originaires du Limousin ?

D’après un généalogiste qui, à l’autre siècle, avait fait des offres de service à la famille Lebloys de Roziers, l’origine du nom pourrait se trouver dans l’ouest de la France (Anjou, Basse-Bretagne, Vendée). On peux cependant douter du travail de ce généalogiste car les données qu’il a laissé à la famille sont bien minces ; son analyse étant principalement basée sur le fait que les patronymes commençant par « Le » sont majoritairement originaires de l’Ouest de la France et plus particulièrement de la Bretagne.

Cependant, on retrouve à Saint Léonard de Noblat des trace de Lebloys depuis le XIV éme siècle.

Au XVIII et XIX éme siècle, on retrouve de nombreux Leblois en Haute-Vienne, et principalement dans la région de Saint Léonard de Noblat ; ont-ils une origine lointaine commune ?

Un Mathieu Lebloys est signalé à Saint-Léonard en 1322.

On trouve également la trace d’un Jehan Le Bloys en 1440 qui était couturier dans la châtellenie de St-Léonard. Ce dernier était présent à Saint-Léonard lors de la signature d’un acte de résiliation d’un contrat de métairie dans les territoires de Puyrocher et du Breuil qui avait été passé entre Guy de Bétour et Jean Chaslard (Archives de la Haute-Vienne, Fonds Notaire E 3050, n° provisoire folio 23 verso).

En 1477, un Nicolas Lebloys était prieur-curé d’Eybouleuf.

En 1555, on note la présence d’un Pierre Lebloys, religieux du couvent de St Léonard qui fut déclaré coupable d’apostasie.

Pour ce qui concerne la lignée des Lebloys continue que nous connaissons jusqu’au XVIéme siècle, on note qu’ils sont « marchands papetiers bourgeois» à Saint-Léonard-de-Noblat et à Paris.

Étaient-ils originaires du Limousin ou est ce qu’ils sont venus à Saint Léonard de Noblat chercher des moulins à papiers ?

Pierre Lebloys, né vers 1545, est décrit comme étant marchand papetier (il est cité dans une procédure contre Christophe Raby – procureur de Saint Léonard de Noblat- et Anne Goudin sa femme en 1597-1602).

Son fils, Pierre Lebloys, né avant 1587 et décédé après 1609, est également décrit comme marchand papetier à Saint Léonard de Noblat; il a acheté le moulin de la Gabie alias Farebout à Léonard Auros en 1587. Le moulin de la Gabie consistait en une maison, un moulin à papier, deux à blé, une écluse et autres édifices, avec deux journaux de pré et un jardin.

Ce moulin à papier est le premier qui fut construit dans les environs de St Léonard et il fut la propriétés depuis 1467, de la famille Greu – premier papetier Miauletous.

Un des fils de Pierre, Léonard Lebloys, fut également marchand bourgeois papetier à Paris et à Saint Léonard de Noblat. En 1609, il exploite le moulin de la Gabie (pour 3 ans) et en 1640 il est autorisé par l’Évêque de construire le moulin du Farebout sur l’écluse (le Petit Farebout au Gué de Champot car situé sur l’écluse Champot). Il est aussi propriétaire de la métairie de Lagrange en Saint Léonard.

Léonard et son père semblait vivre principalement à Paris sur le quai « petit Pont » – paroisse de St-Germain le Vieil – mais ils faisaient de fréquents voyages à Saint Léonard de Noblat pour la gestion des domaines et des moulins.

En 1651, Léonard lègue à son fils Jean les deux moulins à papier du Farebout et à Jacques, le moulin du Gué de Champot ou Petit Farebout.

Jean Lebloys de Beynat (<1651-1708), fils de Léonard, fut marchand papetier à Saint Léonard et à Paris. A Saint-Léonard-de-Noblat, il a été Consul en 1691.

Il fut donc propriétaire des deux moulins à papier de Farebout.

Il reçu aussi la métairie de Beynat de son père et devint seigneur de Beynat. Il recevra également une maison à St Léonard située sur « la Place Publique », à côté de la maison de Mr de La Roche et de celle de Mr Nicard dit Peyrocher.

Il épousa Denise Boutet en première noce et Marguerite Daniel de Lagasnerie en second mariage.

Marguerite était la fille de Léonard, seigneur de La Gasnerie (Saint-Martin-Terressus) et juge sénéchal du Dognon (Châtenet-en-Dognon) et de Marie-Marguerite Dalesme du Breuil.

Elle fut d’abord mariée à Léonard Chenaud de Beaufort; seigneur de Beaufort.

Jacques Lebloys de Beynat, fils de Jean et de Marguerite Daniel de Lagasnerie, était également bourgeois et marchand papetier à Saint Léonard de Noblat.

Il fut consul de la ville de Saint-Léonard en 1695 et 1701.

Jacques se mariera avec Mathurine de Gay de Lage, fille de Jean, seigneur de Lage, et de Catherine de Lafont de Lavalade.

N.B. : Jacques reçu également une donation de 6000 livres de son père le 28 janvier 1690. L’acte de donation fut passé devant deux notaires au Chastelet (Châtelet) à Paris; l’un des deux notaire était François Arouet, le père de Voltaire (François-Marie Arouet).

Jacques et Mathurine eurent au moins 3 enfants, dont Léonard Lebloys (né avant 1695) qui était marchand bourgeois à Saint-Léonard, fabricant de papier et commerçant en draps (pour la première fois, il est fait mention en 1747 de commerce de drap dans la famille Lebloys). Il était également propriétaire d’une maison rue Fontpinou. Il a été Consul de Saint-Léonard de Noblat en 1739 et 1745.

Il était propriétaire des moulins du petit et du grand Farebout.

Il se maria avec :

– Catherine du Chalard (1624-1715), fille de Jean – seigneur de La Palisse et de La Grand-Maison et Conseiller du Roi au Dorat,

– Catherine Lajoumard, fille de Claude – seigneur de Lajoumard – qui pris le moulin de Beaufort en fermage en 1701 et tenait le moulin du petit Farebout. Ce dernier moulin passera ensuite dans les mains de son frère : Gérald Lajoumard. Ce dernier vendra le moulin du petit farebout en 1760 à Daniel de la Besse; ce moulin quitte donc la famille Lebloys (et alliances) après 120 années d’exploitation (construit en 1640 par Léonard Lebloys).

– Magdeleine Moulinier ( -1692), fille de Jean bourgeois et marchand de St Léonard,

– Thérèse Ducros, fille de Jean – seigneur de Chauvour et de Lajoumard,

De son 3éme mariage, il aura une fille, Geneviève, qui fera ses études à l’abbaye des Alloix et épousera en 1745, François Tardivet du Repaire, seigneur de Tradivet, Maire de Saint Léonard de Noblat et propriétaire du moulin de chez Momot à Saint Léonard de Noblat (vers 1745) .

De sa dernière épouse, Thérèse Ducros, il eu Simon Lebloys (1736-). Ce fut le dernier marchand et fabricant de papier de la lignée des Lebloys; il va en effet revendre le moulin du grand Farebout à Léonard Ruchaud le 10/07/1798, ce dernier moulin va donc quitter la famille Lebloys après 211 années d’exploitation.

Simon sera notable dans le corps de la Ville de St-Léonard vers 1769 ; en 1771 il devient conseiller pendant 5 jours puis est nommé échevin jusqu’en novembre 1773. Il fut également conseiller municipale de juin à nov 1793 – il avait 53 ans en 1789 et était repris comme avocat-papetier

Un riche mariage avec Jeanne Dalesme de Chabant (35.000 livres de dot, somme très importante pour une dot à l’époque), fille de Joseph Antoine – seigneur de Chabant (en Eybouleuf) , Champot, Le Peyrat et autres lieux – consul et médecin à Saint Léonard de Noblat . Elle était également la petite fille de Jacques d’Alby, Seigneur et Baron de Saint-Sulpice-la-pointe (diocèse de Toulouse).

Cette nouvelle alliance procurera à la famille Lebloys de nouveaux biens qui permettront, entre autre, à Simon de racheter un fief à des seigneurs désargentés. Il s’agit du fief de Roziers-Saint-Georges et de ses droits de haute, moyenne et basse justice qu’il a acquis le 24 août 1767 à Melchior de Carbonnières (1720-1785), comte de la Carbonnières et seigneur de Montjoffre et de Saint-Denis-des-Murs.

Ce fief comporte, entre autre, le château du Fraysseix à Roziers Saint Georges qui servira dorénavant de résidence à la famille Lebloys pendant 5 générations.

Melchior n’était propriétaire du domaine que depuis le 9 octobre 1754. Il l’avait racheté à Emmanuel, Jacques et Marie-Anne Moulinier, ancienne famille bourgeoise de Limoges qui était propriétaire du château depuis au moins 1566. Le château dans sa version actuelle à été reconstruit en 1628 suite à un incendie qui fit disparaître l’ancien château et ses tours.

Il est intéressant de constater qu’une des épouses du père de Simon Lebloys : Magdeleine Moulinier, était une descendante de la famille Moulinier ayant été propriétaire du domaine de Roziers-Saint-Georges d’avant 1566 jusqu’en 1754, soit près de 2 siècles.

En 1751, Melchior avait déjà acheté le domaine de la Roche Servière (en Eybouleuf) qu’il revendra le 1 octobre 1759 à François Colas, papetier de Saint Léonard de Noblat, pour 4760 livres.

Une sœur de Melchior, Jeanne de Carbonnières (1738-1805) se maria à Jean-Baptiste Germain de la Pomélie (1737- ), Baron d’Ugel (ou de Jaïle) et seigneur de Chennevrière et de Jugla en Limousin.

Le château de Montjoffre passa dans la famille Germain de la Pomélie par Jeanne qui en a hérité de son frère Melchior après son décès (1785)

Les descendants de ce couples feront alliance avec, entre autre, les familles Lajoumard de Bellabre et Dumont de Saint Priest.

Ces deux familles furent propriétaires du château de Bellabre en Bujaleuf, et du château de Puy-Joubert à la Geneytouse; tout deux non loin de Roziers Saint Georges.

Les descendants de la Pomélie furent également propriétaire du château de Gourdon à Chamboulive en Corrèze (Charles Germain de la Pomélie, 1807-1880), du château de Linards (Melchior de la Pomélie 1890-1957 et ses descendants jusqu’à ce jour) et du château de Beaune à Eymoutiers (Cyprien de l’Hermite 1788-).

Ce n’est que le 8 juin 1789 que Simon prêtera toutefois le serment féodal à son légitime suzerain, le vicomte de Limoges, c’est-à-dire le roi de France. Mais cet hommage n’était plus qu’une formalité fiscale car il se prêtait par procureur au bureau des finances et il y était plus insisté sur la somme à payer, 56 livres 16 sols, 6 deniers, que sur les droits conférés. De l’argent placé en pure perte pour cinquante-sept jours très exactement. Le 4 août 1789, les droits féodaux étaient abolis.

Voilà donc la famille Lebloys au faîte de la puissance, ajoutant de surcroît une particule à leur nom de famille : il s’agit maintenant, et pour moins d’un siècle, des Lebloys de Roziers.

Simon Lebloys avait, entre autre, une demi-sœur, Geneviève Lebloys qui se maria avec François Tardivet du Repaire, seigneur du Repaire, Maire de Saint Léonard de Noblat et propriétaire du moulin de chez Momot à Saint-Léonard-de-Noblat (vers 1745). Celle-ci fit ses études à l’abbaye des Alloix. Elle fut propriétaire du domaine de Salevert et d’une maison place Gay-Lussac à Saint-Léonard de Noblat.

Léonard Lebloys de Roziers (vers 1760-1832), fils de Simon et de Jeanne Dalesme de Chabant, fut conseiller municipal de la ville de Saint-Léonard en juin 1814 et mars 1816 ; et encore en mai 1831 pour un an. Il fut ensuite Maire de Roziers-Masléon et membre du Conseil du Département. Il était licencié en droit de l’Université de Toulouse et exerça la profession d’Avocat, de garde national puis de Juge de paix à Saint-Léonard de Noblat après la révolution.

Il se marie avec Catherine-Thérèse Robert de Rigoulène (1769-1859) en 1789. Elle était la fille de Louis, seigneur de Rigoulène, marchand à Saint Léonard de Noblat, propriétaire du château de Rigoulène qu’il a racheté à Jean-Baptiste Dalesme en 1772. Il fit également construire l’Hôtel de Rigoulène à Saint Léonard de Noblat par l’architecte Joseph Brousseau vers l’année 1776.

Les biens de la famille Robert de Rigoulène étaient également situés à Saint-Domingue (actuellement Haïti), et plus particulièrement à Jacmel, paroisse du Baynet, domaine de Gandon. C’était surtout une plantation de café de 264 carreaux de terre (environ 340 ha) et de 68 nègres.

Joseph Lebloys de Roziers, frère de Simon, fut intendant du domaine de la famille Robert de Rigoulène de St Domingue de 1767 à 1770. A la suite, le poste d’intendant fut assurée par Guillaume Guybert de la Beausserie (1758- ) pour un appointement de 10.000 livres annuel. Guillaume était le frère de l’épouse de Louis Robert de Rigoulène : Marie Catherine (1748- ).

Cependant, Toussaint Louverture, chef de la Révolution haïtienne (1791-1802) et premier chef de l’état haïtien l’avait exproprié comme tous les biens étrangers et un procès opposa longtemps Catherine-Thérèse à son frère Louis à propos d’une indemnité promise par Louverture mais dont on avait tout lieu de croire qu’elle n’était que promesse politique, donc fictive.

La révolution ne semble d’abord pas toucher Léonard, quand brusquement, les choses se gâtent et il est arrêté le 8 thermidor de l’an premier de la République par décision du Comité de Surveillance et Révolutionnaire de Tarnvienne (ex Saint-Léonard) et transféré à la prison de Limoges où il reste jusqu’au premier Brumaire de l’an deuxième de la République.

La légende rapporte que Thérèse-Catherine fut également arrêtée par les révolutionnaires, alors qu’elle était enceinte d’Antoine-Hippolyte, et qu’elle fut enfermée dans le cachot du château du Fraysseix. C’est d’ailleurs, depuis lors, que l’on assure qu’une dame blanche rôde certains soirs autour du domaine.

Léonard achètera encore quelques domaines à Roziers Saint Georges (la Madet en 1793, le Teillaud et Latour en l’an XIII).

Léonard mourut le 15 novembre 1832 et Thérèse-Catherine s’est éteinte le 5 aout 1859 à Saint-Léonard, vers l’âge de 90 ans.

Leur fils, Louis Antoine « Hippolyte » Lebloys de Roziers (1791-1869) fut médecin (diplôme de Docteur le 13 avril 1813 à l’Académie de Turin).

Il naquit le 12 novembre 1791 à Saint Léonard de Noblat.

En 1812, il est nommé chirurgien sous-aide au 3éme Bataillon de sapeurs à Alexandrie (Italie). En 1814, il est versé à l’armée d’Italie en tant qu’aide-major et il est attaché à l’hôpital de Vérone. La place est évacuée le 17 mai et il est renvoyé dans ses foyers. En 1816, on le retrouve médecin de la maison centrale de détention de Limoges. Il est aussi médecin à l’asile d’aliénés de Naugeas (Limoges) et, en 1819, il publie un mémoire sur la situation des aliénés dans l’intérieur de la France, et surtout en Haute-Vienne. A Limoges, il résidait à la rue rue Porte-Tourny.

Il fut ensuite médecin légiste à Roziers Saint Georges.

Il a été Maire socialiste de Roziers Saint Georges (de 1848 à 1851 – révoqué et remplacé par Simonet du « parti de l’Ordre » suite au coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851).

Antoine-Hippolyte était en effet un important cadre socialiste limousin; il participa activement à l’insurrection de Linards en 1851 avec son fils Ernest (Insurrections provinciales contre le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte). Il pris part à l’organisation de l’insurrection des paysans à Limoges et à Roziers mais il permis également l’arrêt de la mobilisation à Masléon, Neuvic et Roziers Saint Georges lorsque les socialistes limousins décidèrent l’annulation de l’insurrection après l’arrêt de la mobilisation à Paris et le début de la répression par les autorités. Il fut poursuivis par les autorités pour son implication et la commission militaire le qualifia de « Socialiste dangereux », mais le mis uniquement sous surveillance (jusqu’au 12 janvier 1853, date de la Grâce du Chef de l’État).

Sept habitants de Saint Léonard furent également poursuivis (26.848 individus furent poursuivis sur l’ensemble de la France).

Antoine-Hippolyte se mariera en 1818 avec Sophie « Jenny » Julie Pétiniaud (1800-1886), fille de François, Sénéchal de Jacmel (Haïti), négociant à Jacmel (création d’une caféière), Député de Saint-Domingue au Conseil des Cinq Cents du 14/10/1795 – 26/12/1799, puis conseiller à la Cour Royale de Limoges le 1er juin 1811.

La famille Pétiniaud est bien connue à Limoges, où l’on se souvient encore de Pétiniaud-Beaupeyrat, maire de Limoges en 1790, qui se ruina à faire venir des grains pour éviter la famine, mais qui malgré cela, fut incarcéré, vit ses biens confisqués et finit simple commis chez un épicier de Bordeaux. On se souvient également de Simon Pétiniaud, grand vicaire et Jacques, chanoine, morts dans les vaisseaux en rade de Rochefort.

Une des sœurs de Jenny, Claire Pétiniaud (1803-1890) fut écrivaine sous le nom de Claire Brunne de Marbouty ; elle fut la maîtresse de Balzac qu’elle accompagna dans son voyage en Italie en 1837, travestie en homme en se faisant appelée « Marcel ».

Claire eu également une longue relation avec Jules Sandeau (1811-1883), romancier qui fut le secrétaire de Balzac pendant un temps, et qui allait devenir l’amant de Georges Sand – (Sand, nom d’emprunt, vient d’ailleurs de l’abréviation de Sandeau).

Une autre sœur de Jenny, Julie Pétiniaud (1814- ) se maria avec Alphonse Daloz (1800-1885), notaire et créateur du Touquet Paris Plage. Elle eu également une relation avec François Bigottini, fils d’un prince autrichien et de la célèbre danseuse d’opéra Emilie Bigottini (1784-1858).

Jenny était née le 18 septembre 1800 et elle est décédée en 1886.

Antoine-Hippolyte est mort le 13 février 1869, paralysé d’une congestion probablement, et sans avoir pu prononcer une seule parole. Le fait est important car la tradition rapporte qu’il était seul dépositaire d’un secret important : un trésor aurait été enfoui quelque part à la révolution française. On ne le retrouvera jamais, bien que quelques fouilles aient été faites.

La sœur d’Antoine-Hippolyte, Daisy Lebloys (1784-1875), qui était célibataire et vivait à Saint Léonard de Noblat, (une maison sur la place Gay-Lussac), était également propriétaire d’un domaine à Salevert en Saint Léonard, fut la dernière des Lebloys à avoir une maison ou un domaine sur la commune de Saint Léonard de Noblat.

La présence des Lebloys sur cette commune se termina donc après le décès de Daisy. En effet, la dernière maison de Saint-Léonard, située place Gay-Lussac, a été vendue en 1876, après la mort de Daisy Lebloys, à Michel-Adrien Mounier, confiseur.

 

Hippolyte eu cinq enfants; dont un fils ainé : Ernest Lebloys (1824-1871), qui lui succéda, entre autre, dans son combat démocrate-socialiste. Ernest est né le 31 mars 1824 à Limoges.

Ce fut le personnage le plus atypique de la famille. En effet, malgré ses origines aisées et bourgeoises, il a tout sacrifié à ses rêves socialistes car il était d’esprit démocratique, patriotique et socialiste. Certains de ses amis le qualifiait de « conspirateur et d’utopiste ». Le virage « socialiste » avait donc été entamé par son père après la révolution. Par contre, contrairement à son père, il supprimera la particule aristocratique de son patronyme pour être en conformité avec son idéologie politique.

En 1848, il était ouvrier typographe à Limoges (métier considéré comme « l’aristocratie des premiers syndicalistes »). Il a également été membre du Comité provisoire de la ville et secrétaire de la Société Populaire présidée par Francois Villegoureix et Denis Dussoubs-Gaston.

Au mois de mai de la même année, on le retrouve soldat au 8éme léger à Limoges.

Le 18 mai 1848, Ernest sera arrêté en tant que leader du comité provisoire après l’insurrection de Limoges.

Ensuite, il va s’installer à l’imprimerie-Phalanstère de Boussac (Creuse) crée par Pierre Leroux pendant quelques mois. Des bourgeois de Limoges imprégnés d’idées sociales viendront faire  » le pèlerinage de Boussac « . Georges Sand, Pauline Roland, les frères Dussoubs-Gaston, entre autre, fréquenteront souvent cette imprimerie collaborative.

En 1848, à Paris, Ernest va connaître les « ivresses » révolutionnaire avec Baudelaire. Ce dernier lui demandera d’être son témoin dans un duel qui va l’opposer à Armand Barthet (un auteur dramatique, poète, romancier et journaliste français) qui l’a giflé. Le jeune Ernest a peut-être joué un rôle dans l’agrément qui permit au duel de finalement ne pas avoir lieu.

Après 1848, il retourna à Limoges et devint rédacteur au journal « Le Peuple » dirigé par Denis Dussoubs-Gaston.

Lors de l’insurrection de Linards le 6 décembre, Ernest pris une part importante dans l’action mais il échappa aux poursuites des autorités contrairement à son père.

Pendant cette période il fut également à l’origine de la création des premières organisations d’ouvriers en Haute-Vienne, qui donneront naissance à Limoges en 1895 à la création de la CGT (Confédération Générale du Travail).

Il fut ensuite publiciste saint-simonien. Depuis cette période et jusqu’à la fin de sa vie, il fut, au côté de Louis Blanc et de l’avocat Alfred Talandier, un des fondateurs de l’idée démocrate-socialiste en France et du Parti Socialiste français. Son amitié avec Pierre Leroux a également précisé son projet républicain, celui d’un socialisme utopique. Enfin, Il fut régulièrement en contact avec Philippe Faure, animateur à Paris des Cercles de propagande socialiste.

Ernest, ce « fils de famille », peut être dès lors être considéré comme un précurseur, ou même un des fondateur du socialisme en Limousin : socialisme pré-marxiste, mais socialisme tout de même.

Ses activités démocratiques et républicaines ne plairont pas à Napoléon III qui s’empressera de l’exiler. La perquisition faite le 9 mai 1853 n’a pourtant pas permis de trouver grand-chose : un agenda, une lettre, une circulaire électorale et le « chant des transportés » de Pierre Dupont. Il est vrai que la commune de Roziers-Saint-Georges a osé répondre négativement au premier plébiscite suivant le coup d’état. Les autorités jetteront l’interdit sur le village, en omettant de réparer le chemin de grande communication qui y passe.

Ernest vient donc grossir les rangs des exilés français à Bruxelles, où on le retrouvera à la rue de l’Arbre Bénit, et ensuite au 21 rue Goffart. Il y fréquentera et se liera d’amitié avec Charles Baudelaire, Louis Blanc, Victor Hugo, Georges Sand, Félicien Rops, … Il y écrira des textes et des pamphlets et même un roman à l’eau de rose dans le style vie de bohème de l’époque. Certaines de ces publications décrivent assez précisément son projet politique.

Au 21 rue Goffart à Bruxelles, il rencontra Isabelle Jamagne qui devient son épouse en 1860.

Quelques temps après son mariage, le second Empire se libéralise et Ernest est autorisé à revenir de temps à autre à Roziers et viendra y présenter sa femme et son fils Édouard (1861-1885). Il continuera cependant à résider en Belgique et ne reviendra définitivement à Roziers Saint Georges qu’en 1870. Il sera donc resté en exil pendant 17 années.

A cette période il eu encore de nombreux contacts avec des républicains de différents pays, notamment le Général Giuseppe Garibaldi considéré comme le père de la Patrie Italienne. Ce dernier vient rendre visite à son ami Ernest à Roziers Saint Georges dans les années 1870.

Le 15 septembre 1870 , il sera nommé maire de Roziers Saint Georges en remplacement de M. Tarrade. En effet, après la révolution du 4 septembre 1870 et le retour des conservateurs, le gouvernement de Défense National va procédé à la révocation de tous les maires soupçonnés d’attachement au régime précédent. En Haute-Vienne, 153 maires (sur 201 communes) sont destitués. Cette mesure sera prise par un arrêté préfectoral des jeudi 15 et lundi 19 septembre 1870.

Mais il ne restera pas très longtemps en Limousin car il refuse toujours de s’incliner et il va se révéler comme homme de guerre en organisant à ses frais une compagnie de francs-tireurs « Les amis de Paris », avec comme devise : « La République ou la mort ». Cette compagnie de soixante hommes participa à la guerre Franco-Allemande de 1870-71 (bataille de Patay-Orléans en décembre 1870 et du Mans en janvier 1871). Il aura investit une partie de sa fortune pour mettre sur pied cette compagnie et pour la mener au combat.

Sa fille disait de lui « il aimait mieux sa patrie que sa famille ».

Il était partis à soixante hommes vers la fin septembre 1870 et ils rentrèrent sur Limoges le 27 janvier 1871, en triste équipage avec deux officiers, vingt-quatre hommes, un cheval et une voiture ».

Le 8 février 1871, il perdit avec les siens les élections législatives; le socialisme romantique était fini, le socialisme coopératif s’étiolait déjà; les ouvriers ne voulaient plus beaucoup que les bourgeois convertis s’occupent de leurs revendications. Malgré tout, il remporta les élections municipales du 8 mai 1871 et fut nommé maire de Roziers-Saint-Georges (il y avait plus de 700 habitants à l’époque, contre moins de 200 actuellement).

Mais il ne profitera guère de sa « préretraite » paisible car il périra dans des circonstances dramatiques et mystérieuses. De sa mort, on n’a conservé que des traditions orales.
Le 21 avril 1872, il aurait voulu aider un de ses bergers à rassembler ses moutons énervés par un orage proche. Homme politique et haï de certains, il était toujours armé d’un revolver. Il aurait sorti son arme pour empêcher le troupeau de prendre une fausse direction, mais à la suite d’un écart du cheval, le coup serait partit et lui rompit sans doute l’artère fémorale. On le ramena presqu’exsangue au Fraysseix où il n’eut plus qu’à mourir d’une mort effrayante.

On a aussi parlé d’une querelle avec son berger qui l’aurait menacé, mais le fait n’a jamais été prouvé ; on a même parlé d’assassinat (politique ?), mais les circonstances ne sont pas vraiment de nature à le faire croire.

Au cours de ses dernières années, il avait également été très proche de Jean-Baptiste Daniel Lamazière (1812-1906), maire de Saint-Léonard-de-Noblat et député de la Haute-Vienne en 1849 et 1885. Tout comme Ernest Lebloys, Jean-Baptiste fit également supprimer sa particule aristocratique conformément à ses idées politiques.

Après le décès d’Ernest, sa femme fut tutrice des deux enfants du couple et ce fut Jean-Baptiste Daniel Lamazière qui fut désigné comme étant le « subrogé tuteur » des deux enfants (rôle d’obligation de contrôle du tutorat). Cela montre à quel point les deux hommes étaient proches.

Au décès d’Ernest en 1872, une partie de ses proches avaient décidé de l’enterrer religieusement malgré la volonté contraire du défunt. Et c’est Jean-Baptiste Daniel Lamazière qui est intervenus pour aider son épouse afin que l’enterrement soit civil .

Deux mois après sa mort, naissait sa fille Ernestine Lebloys (1872-1934) qui resta célibataire au Fraysseix et s’occupa des domaines de Roziers-Saint-Georges jusqu’à sa mort.

En 1885, à 23 ans, Edouard Lebloys décède à Paris dans la maison de sa mère à Paris, rue Soufflot. Il était en train de faire des études brillantes et était boursier Doctorant au musée d’Histoire Naturelle de Paris sous la direction du naturaliste Eugène-Louis Bouvier.

En 1934, la mort prématurée d’Ernestine mis un terme à la longue lignée des Lebloys.

Elle légua le domaine du Fraysseix et les différents domaines à ses 4 cousins germains belges : René, Marie, Blanche et Édouard Janssens (enfants de Joséphine Jamagne qui était la sœur cadette d’Isabelle Jamagne, mère d’Ernestine).

Ceux-ci conservèrent le domaine jusqu’en 1960, date à laquelle le couple de domestiques qui s’occupait du domaine : Maria et Jean Rivaux, décidèrent de partir à la retraite.

Le château fut revendu à une famille bourgeoise de Limoges.

Les 5 arrières petits enfants de René Janssens viennent de le racheter au début de l’année 2015 suite à une mise en vente par l’ancien propriétaire ; le domaine revenant ainsi dans la famille.

 

Bibliographie :

– Archives départementales de la Haute-Vienne, Sous-série 1 G, Évêché de Limoges. Inventaire sommaire et répertoire numérique par A. Leroux, C. Rivain, A. Petit (1908-1931) restructurés par Florence Mirouse, conservatrice (2003), 204 p.

– « Les administrateurs de la ville de St Léonard de Noblat de la fin du XVIIéme siècle à l’aube du XXIéme siècle » – Bernaben, Bonnaud, Charpentier, Tandeau de Marsac – Connaissance et Sauvegarde de St Léonard

– « Les moulins à papier autour de Saint Léonard de Noblat » par Martine Tandeau de Marsac – ed. Multiples; Editions Culture&Patrimoine en Limousi, 112 pages

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